Hommage à Guy-Claude Mouny.

Guy Mouny se présentait comme un colonel de réserve de l’Armée française, tout en reconnaissant avoir flirté avec les services secrets. Dans la préface de mon livre « Le Secret de François 1er », il avouait avoir eu pour ami le Comte de Marenches,  ancien Directeur Général du SDEC, (le Service de Documentation Espionnage et  Contre Espionnage). Il déclara laconiquement à la radio « Ici et Maintenant » : « J’ai roulé avec le SDEC… »

Livre de Guy Mouny

Sous cet angle, ses propos au sujet de la planète Mars prennent une singulière perspective. Il s’intéressa au grand visage de la planète Mars et aux pyramides présupposées, non loin de là. Il déclara avoir retrouvé la géométrie du site (de Cydonia) aidé par Guy Gruais.  (Émission à la radio « Ici et Maintenant » avec Didier de Plaige le 28 Novembre 2004).

Le colonel Mouny fut un auditeur de l’IHEDN, l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale : il en avait fondé la section marnaise. On retrouve des membres de l’IHEDN comme auteurs du fameux rapport Cometa qui statuait sur les Ovnis. De hautes personnalités bien informées concluaient que les ovnis étaient des engins volants à la provenance inconnue. L’hypothèse extraterrestre était discrètement présentée comme la plus plausible. Comme on pouvait s’y attendre, ce texte fut sévèrement jugé par certains officiels qui n’y participaient pas.

Un jour, je feuilletai le rapport Cometa (qui était sorti dans la presse) en présence de Guy ; quand j’énonçai le nom d’un des auteurs, il me dit : « Il m’a téléphoné la semaine dernière ! » J’ai alors pensé que Guy appartenait à un cercle fermé très au courant de certaines vérités secrètes.

Dans le même ordre d’idée, je me souviens d’une photo qui était affichée sur un mur de son appartement. On y voyait le colonel posant avec… Jacques Chirac ! Un jour je lui ai demandé s’il connaissait Chirac : il m’a répondu par l’affirmative et a rapidement bifurqué vers un autre sujet. Il était coutumier du « zapping discussionnel » : quand il ne voulait pas approfondir une question, il partait en diagonale sur un sujet divergent ! Et comme il avait du bagout, on ne pouvait pas l’arrêter ! Toujours est-il que j’étais très intrigué par cette photo et, quelques mois plus tard, je revins à la charge : « Tiens, elle est pas mal cette photo. Vous connaissez Chirac ? » Réponse : « Non ! » Je savais qu’il ne servait à rien d’insister et nous avons parlé d’autre chose.

Livre de Guy Gruais et Guy Mouny. Plateau de Gizeh par Guy Gruais et Guy Mouny

Le secret de la grande pyramide de Khéops.

A partir de 1989, à 59 ans, il a commencé une carrière d’écrivain « ésotérique », même s’il n’aimait pas ce mot-là. Il a investigué et réfléchi sur des thèmes très divers : la géométrie des pyramides de Gizeh, l’existence d’une haute-technologie en Egypte ancienne, le visage et les pyramides de Mars, l’énigme de Rennes-le-Château, les carrés magiques… Entre 1992 et 2007, il a écrit une bonne douzaine de livres, les premiers co-signés avec Guy Gruais.

Guy-Claude Mouny et Guy Gruais

Il tenait absolument à réfléchir au comment et au pourquoi des choses, en une irrépressible pulsion qu’il devait absolument manifester.

Guy Mouny et Guy Gruais

Lien vers le menu du site de Guy Gruais et Guy Mouny.
Lien vers la page des premiers livres.

Guy Mouny accordait de l’importance à des idées que notre société actuelle  ignore ou refoule copieusement.

Géométrie du plateau de Gizeh

Pyramides et Sphinx de Gizeh

Ce courage intellectuel était naturel chez lui : il était spontanément porté vers la recherche, l’avancée des choses. Cela s’accordait avec une réelle bienveillance envers autrui.

J’avais fait sa connaissance en 1992, suite à la sortie de son premier livre, écrit en collaboration avec Gruais : « Le grand Secret des pyramides de Guizeh ». Je venais moi-même de commencer mes recherches sur la Renaissance et la lecture de ce livre m’impressionna beaucoup. On y expliquait essentiellement que les trois pyramides et le Sphinx n’étaient pas agencés n’importe comment, mais formaient un ensemble cohérent sous-tendu par une géométrie implacable. Les auteurs expliquaient comment le plan d’un sous-sol non encore découvert se déduisait des dimensions et position des éléments du site. C’était donc la première fois, à ma connaissance, que l’on donnait des preuves scientifiques à l’hypothèse selon laquelle la Grande Pyramide aurait été construite par une civilisation très avancée.

Il me semble que Mouny disait dans son ouvrage qu’il habitait la ville de Reims, ce qui m’interpella puisque je vivais moi aussi à Reims ! J’obtins son numéro de téléphone en appelant les renseignements et, rapidement, j’eus le bonhomme en ligne. Ce fut le début d’une relation d’amitié très forte pour moi, qui devait durer jusqu’à son décès en 2007. Il était un homme exceptionnel, et ceci à plusieurs titres.

Sa première activité fut celle de comptable dans différents cabinets. Autodidacte, il parvint néanmoins à passer le diplôme d’expert-comptable. Le monde est petit puisque nous découvrîmes qu’une synchronicité, un clin d’œil du destin, nous rapprochait sans que nous le sachions. En effet, mon père était comptable agréé et possédait son propre cabinet ;  il commença dans le métier en rachetant la boîte du père de Guy ! En plus de cela, mon père fut aussi un officier de l’armée française, comme Guy.

De 1957 à 1962, Mouny travailla pour l’hebdomadaire local « L’Union », en tant que « sous-chef administratif et financier », un « cadre de la presse » comme il définira lui-même sa fonction. Parfois, le destin est paradoxal et ironique puisque le même journal « L’Union » refusa au Guy des dernières années le moindre article sur ses livres! Il fut aussi administrateur de caisses de retraite. Dans le milieu du Champagne, il accéda à la fonction de « secrétaire général » de la maison Besserat de Belfon, puis finira sa carrière chez De Venoge. De cette époque, lui viendra l’inspiration de son livre « Champagne, histoire et confidences », aux éditions CLC, dans lequel il raconte notamment sa rencontre avec les vedettes qui venaient visiter les caves. Plus tard, dans sa maison de Sillery, Guy ne manquera pas de placarder sur les murs de son bureau des photos de lui-même posant avec Jane Birkin, Claude François, Nicoletta ou Serge Lama. L’homme n’était pas insensible aux charmes de la notoriété, sans être pourtant dupe de l’illusion des paillettes. Les photos se retrouveront sur les murs de l’appartement qu’il louera après la mort de sa femme. Un brin de gloriole ne lui déplaisait pas, toujours avec humour et bonne humeur.

Guy-Claude Mouny

Je sais qu’il attachait la plus grande importance à l’Amour, qui était pour lui la valeur suprême de l’être humain. On peut remarquer dans ses livres une propension à citer de multiples sources, citations et remarques d’autrui. C’était l’intelligence de celui qui sait qu’on est plus fort à plusieurs que tout seul ; il déplorait d’ailleurs que ses propres découvertes ne génèrent pas plus d’entrain chez ses confrères. C’était aussi un élan du cœur qui le poussait à accorder à chacun une marque d’estime sincère, un encouragement.

Je lui ai prêté de multiples livres qu’il ne gardait pas plus de quelques jours, pour s’en faire une idée suffisante. Bien souvent, les ouvrages prêtés se retrouvaient dans l’un de ses livres avec un mot de commentaires. J’avais beaucoup aimé le bouquin de David Childress, « La technologie des dieux, avons-nous dépassé la science des Anciens ? » Je le prêtai à Guy ; il le déposa chez moi en retour avec la note suivante : « Formidable. Mais… Quel dommage qu’il veuille faire un numéro en solo. Il n’exploite pas les pistes lancées par Gruais et moi, ou poursuivies par moi, ou d’autres encore. Il reste en cul-de-sac sur des choses pourtant bien remarquées et isolées par lui. »

Sur son bureau, il y avait diverses médailles négligemment étalées sur le bord. Il avait récolté tout au long de ses différentes carrières une flopée de distinction honorifiques : Médailles de la ville de Paris, de Reims, Médaille de Vermeil Arts Science et Lettres, j’en passe et des meilleures… Un jour, il me dit qu’il serait absent le lendemain car il allait au Sénat remettre une médaille. Je conserve dans mes archives le carton d’invitation d’une soirée mentionnant que « le Colonel ORSEM Guy-Claude Mouny remettra les insignes de Commandeur de l’Ordre National du Mérite à Monsieur… » J’ai une photo de cette réunion, qui m’a été offerte par Guy ; elle est typique du personnage, puisque, si les autres ont l’air un peu coincés, lui est rayonnant et très à l’aise, comme toujours. Il possédait de grandes facilités de communication, une aisance naturelle à se mouvoir dans la société.

Au fil de ses livres, il poursuivait un questionnement universel, cherchant finalement la grande réponse, le sens de nos vies sur la terre. Il n’adhérait à aucune croyance ou système préconçu ; le « repas complet » des diverses écoles ne l’intéressait pas. Il reprenait les investigations à zéro, en homme libre, prudent et ouvert, (peut-être un peu trop confiant en lui-même ?).

Mais attention, le Mouny-écrivain se cache plus souvent qu’à son tour entre les lignes de l’apparence ! Il ne fallait pas attendre de lui une transparence complète ! Ce que j’écris là n’engage évidemment que moi, c’est une forte impression que j’avais, après des années de fréquentation assidue du colonel. J’en veux pour preuve la traditionnelle définition initiatique concernant les Mages du passé, qu’il reprenait souvent à son compte: « Cacher sans cacher, dire sans dire, montrer sans montrer. »

Curieux de tout, il a intégré à sa quête un grand nombre de sujets secondaires : la géométrie, le Nombre d’Or, la pyramide de Cuicuilco, les ovnis, les crop-circles, les nombres,  les Templiers, l’Etoile de David, la chiralité, le Ankh, la téléportation, les Intelligences de l’espace, Roswell, les engins de l’espace, la Bible, le Vivant, la sexualité, la radiesthésie… Il reprend tous ces thèmes dans « Les Mystères du temps », tome 1, aux éditions Trois Spirales. Le texte de 4ème de couverture présente ce livre comme un « bavardage qui dépoussière l’Histoire et résume avec une grande pertinence le fruit de vingt années d’expérience… »

Le tout premier livre de « Guy Mouny le chercheur » était une brochure sur la croix ansée égyptienne, le Ankh. Il en avait assuré lui-même la diffusion, probablement restreinte et, plus tard, il se référa souvent à cette œuvre préalable. Il y voyait fièrement la quintessence des thèmes et idées qu’il exploitera les années suivantes. A noter que c’est à moi qu’il offrit le dernier exemplaire en sa possession, quitte à se désoler par la suite de ne pas y avoir accès !

Ses premiers vrais livres furent donc le fruit d’une collaboration avec Guy Gruais. Il y eut : « Le grand Secret des pyramides de Gizeh », « Le grand Secret du Sphinx de Gizeh », « Gizeh, au-delà des grands secrets » et enfin « Le grand Secret du signe de vie ». Ces livres offraient un équilibre que je trouvais idéal entre les apports formels et précis, ce qu’on pourrait appeler les révélations, et le recadrage conceptuel, la profondeur de la pensée. Leurs multiples conférences bénéficiaient de cette collaboration, entre Mouny-le-dynamique parlant vite en agitant les bras, et Gruais le calme qui projetait sans émotion des schémas implacables.

J’étais allé à la rencontre de Guy Gruais sur son fief à Paris. A travers certains livres qu’il avait achetés, et que je m’étais procuré de mon côté, nous nous sommes découverts un goût commun pour la spiritualité. Il fabriquait de remarquables bijoux à la mode de l’Égypte ancienne. Guy m’expliqua comment il passait ses nuits à genou sur les plans du plateau de Gizeh, à la recherche de nouveaux raccords géométriques. Il travaillait avec efficacité à apporter au « tandem » des éléments précis et forts.

Après la rupture, loin d’être ébranlé par la « trahison » de son compagnon, Mouny continua seul son travail de recherche et d’écriture. Il se retrouva d’abord avec le manuscrit de « Rennes-le-Château, un autre regard sur l’énigme » sur les bras. Il l’avait rédigé à la première personne du pluriel : il l’adapta à la première personne du singulier. Dorénavant, avec le nom d’auteur complet de Guy-Claude Mouny, ses livres allaient prendre une tournure différente, plus axée sur la collecte d’informations et la recherche philosophique, en l’absence de grosses découvertes étayées. Comme il me l’a écrit : « … la partie géométrique était terminée et je m’attaquais à la suite, philosophique et prospective ».

L'incroyable technologie cachée des Egyptiens

Il prépara une réédition du « Grand Secret du signe de vie », le refondant, avec une mise à jour ; la première page témoigne bien de l’approche Mouny : « Ce livre est le témoignage de la volonté de l’Homme à remonter à ses sources et à se projeter dans son avenir… »  Plus loin, il précise qu’il a été obligé de «reprendre seul la réédition et la projection des événements, d’autant plus que ceux-ci vont très vite, afin que les Hommes ne soient pas privés de la Connaissance et s’en servent pour aller encore plus loin. » Il voulait modifier l’intitulé de ce livre qui n’était plus tout à fait le même ; il était sûr du titre « L’Ankh » mais était en recherche d’un sous-titre adéquat. Il me demanda mon avis et je proposai «L’incroyable technologie cachée des Égyptiens ». Cela lui plut et après moult attentes en recherche d’un éditeur, « L’Ankh, l’incroyable technologie cachée des Egyptiens » sortit en 2002 aux éditions « Les 3 spirales ».

Le sujet principal de ce livre est de voir en certains hiéroglyphes des éléments de la chaîne électromagnétique. Il apparaît que d’énigmatiques dessins ou assemblages s’expliquent en tant que représentation codifiée de machines. Les Pharaons étaient dépositaires d’une technologie dont ils ne savaient probablement pas se servir, mais dont ils conservaient la connaissance, apparentée à de la magie.

Guy continuait les conférences avec la même énergie et la même envie qu’auparavant, sans aucune projection d’image. Sans exagération, il était un orateur-né, captivant facilement les gens à qui il s’adressait. C’était dû à sa large expérience de la vie et à un sens inné de la communication.  Lors des assemblées du « Groupe Sentinel », ou lors des séances de dédicaces de livres, j’ai toujours vu un groupe se former autour de lui, pour l’écouter.

Un jour, il me dit qu’il était invité à une soirée de je ne sais plus quelle grande école, avec la présence de tous les étudiants. On lui avait demandé de faire un discours et cela ne lui posait pas le moindre problème d’adaptation. Dans le même registre, il était passé dans une émission de la radio RCF, la radio chrétienne, aucunement gêné par le contexte, au départ pas très proche de ses idées. Il donnait des conférences dans les clubs services du genre Kiwanis, Lions Club ou Rotary, devant des personnes non familiarisées avec ses idées peu conventionnelles.

Il fut invité à la radio « Ici et Maintenant », d’abord dans l’émission de Jean-Claude Carton: « Plus près des étoiles ». Il y revint 3 autres fois. Il passa aussi dans l’émission de Didier De Plaige, « La vague d’ovnis ». La revue « Top Secret », qui annonçait régulièrement le nom des invités et proposait à ses lecteurs le « Top 10 » des meilleurs enregistrements, établit celle avec Guy à la première place. Avec Carton, il décrocha d’ailleurs le score de la meilleure audience. Il revenait toujours très enthousiasmé de ses prestations radiophoniques ; une fois il me dit : « Hier soir, mon émission a fait 70 000 connexions Internet ! Les gens n’arrêtaient pas d’appeler pour poser des questions en direct. Mais il faut reconnaître que c’est fatiguant, il faut tenir… » Sa voix posée et métallique passait très bien à l’antenne. C’était 4 heures à chaque fois, d’abord une interview menée par l’animateur, puis un dialogue avec les auditeurs, qui téléphonaient à la station. La prise de contact avec Jean-Claude Carton était bonne et cela permit à Guy de pouvoir passer son message comme il le voulait.

Le lendemain de sa première participation, il me téléphona pour m’en parler et me dire qu’il était prêt à me parrainer pour que je me propose en invité. Il fallut des mois de maturation hésitante au timide que j’étais pour se jeter à l’eau ; Jean-Claude Carton m’accueillit tout de suite à bras ouverts et je me retrouvai quinze jours après dans le studio, suite au désistement impromptu d’un invité.

Une page du livre « Rennes-le-Château, un autre regard sur l’énigme », reflétant mon travail.

Notre relation était faite de longues séances de discussion. J’aimais beaucoup sa compagnie car Guy, que je vouvoyais et appelais « Monsieur Mouny » me donnait une belle image de ce que peut être un homme épanoui. J’avais perdu mon père quelques années avant et je trouvais en Guy le modèle qui me manquait, d’autant plus que j’avais toujours eu un problème relationnel avec mon « vrai » père.

Je lui téléphonais pour lui parler d’une découverte que j’avais faite, ou d’un livre que j’avais lu, ou simplement pour lui poser des questions, parfois pour me remonter le moral. Il avait toujours la joie de vivre, la bonne humeur communicative, et nous partagions le même type de passion. A chaque fois, il m’attendait assis à son bureau et sa femme m’accompagnait jusque là. Il fumait de petits cigares et l’atmosphère en était étouffante au point où je demandais l’ouverture de la fenêtre. Il m’invitait à m’asseoir et l’entretien était prévu pour ne durer qu’une petite demi-heure ; mais la passion nous emportait et nous argumentions en oubliant complètement le temps qui passait. Les premières années, je cherchais à décrypter cet homme dont l’aspect énigmatique m’interpellait. Je me heurtais d’ailleurs à une sorte de mur du silence, brouillard constellé de digressions, extrapolations inutiles et filoutage de bon ton. Je m’aperçus que sur certains points, Monsieur Mouny me baladait allègrement, essayant probablement de m’égarer loin de choses que je ne devais pas connaître. Ou peut-être ne pouvait-il pas les dire…

Guy-Claude Mouny était un homme d’une grande rigueur morale et jamais il n’aurait affabulé pour rendre ses livres plus populaires. J’avais besoin de ressentir cette qualité venant de lui et jamais il ne me déçut sur ce point. Il était par ailleurs un conseiller sûr et avisé, par le fait qu’il avait une expérience complète de la société. J’entends encore un éditeur que j’avais eu au téléphone me dire : « Mouny, il a tout compris » ! Et il ne s’était pas cogné comme moi à d’interminables problèmes sans fin : il avait réussi ! Sans doute avais-je tendance à l’idéaliser quelque peu et quand il m’écrivit « La vie est quand même dure, malgré les quelques oasis qu’on y trouve », je fus surpris. J’avais presque oublié que cet homme si charismatique, lui  aussi, pouvait souffrir…

On se croisait assez souvent à la bibliothèque Carnégie de Reims et dans une certaine boutique de photocopie. A chaque fois, c’était des instants très vivants et pleins d’une saine émulation. C’était l’eau de la Vie qui nous animait, de beaux souvenirs…

Il écrivait beaucoup à ses différents interlocuteurs et j’ai dû recevoir quelques centaines de lettres de sa main. Comme d’habitude, c’était une marque d’amitié, de profond respect et aussi une façon de préciser sa pensée, d’éviter les malentendus. Ses lettres étaient souvent longues, et, ce qui m’étonnait, sans la moindre rature ! Comment oublierai-je cette odeur de fumée de cigare qui imprégnait chaque missive ? Au fil du temps, j’ai conservé les courriers mais l’odeur s’est envolée, peut-être en même temps que leur auteur… Sur notre terre, tout finit par disparaître en fumée, se dissipant dans le ciel de l’Invisible.

Souvent, au lendemain d’une de nos discussions, il me postait une lettre dans laquelle il précisait et souvent confirmait ses points de vue. J’ai sous les yeux un de ses courriers commençant par : « Mon Cher Didier, je repense à notre conversation. Une fois encore, je ne vois rien à changer à ce que je vous ai dit. » On aurait peut-être pu lui reprocher de se poser en apôtre de l’ouverture intellectuelle, et pourtant d’avoir des positions bien arrêtées. Sa structure psychologique et intellectuelle était très forte ; il savait ce qu’il voulait, il savait comment et il ne se laissait pas déboulonner par le premier argument venu. Il aimait me donner des conseils, sous le prétexte de son âge plus avancé, bien que je n’étais le plus souvent pas disposé à en tenir compte ! « Je peux aussi faire référence d’une certaine expérience, et du bénéfice de l’âge. Ce n’est pas une preuve absolue de compétence, mais une présomption que les cheveux blancs (ou l’absence de cheveux) témoigne de pas mal d’expériences ». Parfois, aussi, il n’osait plus conseiller ! « Je n’aborderai pas les sujets qui vous défrisent pour ne pas altérer nos relations. Mais, c’est votre problème. » Alors que je compulse ma vieille pile de courriers, j’éclate de rire à la relecture de certains passages : « D’abord je vous aime bien, ce qui m’impose certaines obligations à votre égard pour vous aider, d’autant plus que vous n’êtes pas un sujet facile… Votre caractère s’accomode mal avec ce genre de recherches, la preuve en est que vous avez oublié votre plan… Merci de votre lettre et merci surtout de ne pas persévérer dans votre hargne… dans la vie, il faut privilégier le calme et le temps, c’est pourquoi il faut me laisser souffler ».
Par rapport au jeune homme bouillonnant que j’étais, il me faisait penser à une sorte de Bouddha, sans émotion négative et d’une constance remarquable. Il travaillait  à son œuvre méthodiquement, « sans état d’âme » comme l’a dit Raymond Terrasse ; il n’attendait pas la reconnaissance du public.

Quand il partait en famille dans son chalet de montagne, il rassurait ses correspondants : « En cas d’urgence, vous pouvez me téléphoner, je transfère la ligne… Je reste attentif, vous me connaissez, je dors tout habillé ! » Avec Guy Mouny, on ressentait que le monde pouvait changer ; la cause des Révélations à venir avait son héraut, son champion. Il n’aurait pas été surpris qu’on retrouve le lendemain l’Arche d’Alliance ou le dépôt des Atlantes : il y croyait et ses divers correspondants le ressentaient. Cette énergie communicative n’est plus là et c’est  la raison pour laquelle, depuis le 14 Juillet 2007, je suis longtemps resté atterré et orphelin.

A quelques reprises, il nous est arrivé de nous fâcher, surtout moi ! Il est arrivé que je ne le comprenne pas, qu’il m’excède de par ses arguments ou que mes émotions me poussent à la révolte. J’étais jeune et mon adolescence qui se prolongeait provoquait en moi des indignations face à un monde choquant. Il m’est arrivé de penser prendre ma voiture pour aller casser la figure à un éditeur dont l’honnêteté ne paraissait pas évidente ! Je repense à cela en ayant sous les yeux un certain courrier de Guy : « Petite remarque incontournable. A quoi bon s’emporter contre des gens décevants. Il y a toujours 90% de chances (ou de risques) que ce soit le cas. Ça fait perdre du temps tellement utile ailleurs. Je crois que ma position en la matière est une forme de sagesse. »

Nous avons assez souvent parlé de Dieu, en lequel il se gardait bien de croire ; par prudence, il se gardait bien de ne pas y croire ! Il estimait que Dieu était une hypothèse, ni plus, ni moins, mais que tant qu’il ne l’aurait pas vu, il n’y croirait pas. Comme la Bible affirme que personne ne peut voir Dieu et survivre, on peut dire humoristiquement qu’il n’était pas au bout de ses peines !  Il m’écrivit : « Dieu, les Anges, les Engins, etc. tout est envisageable. Mais tout ! Foncer vers une voie en rejetant les autres, ça peut être tomber éventuellement dans le piège, si piège il y a d’ailleurs. C’est peut-être beaucoup plus simple. Mais pour cela il faut rester disponible. Ne pas entrer dans une hypothèse que, par simple humilité, on ne peut retenir comme formelle. Ça équivaudrait à entrer en religion, ou en syndicat ou encore en politique… Tant que Dieu n’apparaît pas dans le jardin comme il le fit si souvent dans l’Ancien Testament, il ne peut être considéré que comme une voie, parmi d’autres. Pareil pour les Anges… Pour les Engins, c’est plus nuancé. Le nombre ne m’influence pas. 40 millions d’individus idolâtrèrent Hitler. 1 million de personnes acclamaient Pétain à Paris ; les jours suivants, le même million acclamait De Gaulle. »

Je relis une lettre contenant cet énigmatique extrait : «  Disons bien que cette puissance d’ailleurs saura bien se manifester sans équivoque le moment venu. C’est peut-être plus proche qu’on ne le penserait car des tas de facteurs vont en ce sens. Évidemment, vous et moi, comme d’autres d’ailleurs, avons des chances d’être sélectionnés. Encore faut-il, pour ne pas être surpris, et être considérés comme prêts, s’attendre à tout. Si nous voulons nous bloquer dans des schémas tout faits, nous risquons, le cas échéant, d’être trop surpris… et pas être retenus du coup dans la sélection. » Ne me demandez pas ce que cela veut dire, je n’en sais rien! Guy avait l’art de faire passer des messages où le second degré pouvait être compris de différentes façons, de l’humour à l’effroi.

En fait, il n’a jamais rien apporté à mes découvertes sur la Renaissance ; il en était le spectateur intrigué. Il me reprochait de fonctionner en « question fermée » au lieu d’adopter sa chère méthode en « question ouverte ». C’est-à-dire que j’estimais avoir suffisamment d’indices et de preuves pour asséner mes évidentes conclusions aux lecteurs. C’était un sacrilège pour Guy qui n’avait jamais assez de preuves, et se gardait constamment de toute conclusion affirmée. « …je me méfie toujours des certitudes. Ce sont les gens trop convaincus qui occultent les voies. Nos pauvres petits cerveaux ne sont peut-être pas prêts à aborder les réalités. Celles-ci sont probablement bien loin de notre capacité de compréhension, face à l’enjeu sans doute énorme. »

Que de prises de bec amicales avec ça ! Je me suis souvent défendu contre cette intrusion illégitime dans mon système de pensée ! J’ai fini par comprendre que nos deux méthodes étaient justifiées et complémentaires. Guy s’adressait à l’homme de la rue et l’amenait à suivre le fil de sa pensée, pour l’intéresser à des sujets novateurs ; dans cet axe, peu lui importait d’avoir des monceaux de preuves à produire. Il laissait entrevoir, il ouvrait la piste l’air de rien et cela lui suffisait. De mon côté, j’exhibais un dossier très fourni et, disons, « scientifique », ce qui me permettait de conclure logiquement. J’ai compris un peu tard que la plupart des gens ne sont pas réceptifs à une investigation abstraite, mais qu’ils suivent allègrement un bavardage bien conduit. « Il faut s’écarter du discours magistral pour instaurer une sorte d’esprit de travail en commun auteur/lecteur, une interrogation commune… »

En fait, il ne voulait pas trouver ; il voulait chercher…

« J’insiste bien, par amitié pure, sur mon sentiment, que dans nos travaux, il n’y a pas obligation de résultat mais simplement obligation de recherche. Le résultat arrivera à son heure. Celle-ci, d’ailleurs, approche manifestement, je vous l’accorde. Raison de plus pour ne pas se tromper, ce qui ne peut manquer de se produire si l’on transforme les questions OUVERTES en questions FERMEES auxquelles on veut donner une réponse stéréotypée… je vous confirme mon attachement au principe des questions OUVERTES afin de ne pas se couper des perspectives d’apport ou de modification en fonction de ce qui se dévoile ou émerge tout à coup. Ça n’empêche pas de privilégier telle ou telle hypothèse suivant les goûts ou les infos de chacun, bien sûr ! … Il ne s’agit pas de faire fi des idées que d’autres jugeraient farfelues, mais il est impératif –après examen sommaire- de les mettre sous le coude et d’attendre l’éventualité qu’elles donnent quelque chose. Il ne faut être prisonnier de rien ! »

Parmi les auteurs « ésotériques » qui touchent à des sujets tous plus avant-gardistes les uns que les autres, Mouny présentait une caractéristique exceptionnelle dans ce milieu. Il avait une position sociale solide, comme en témoignait notamment le journal ‘L’Union » qui lui consacra un article… posthume. Il était colonel de réserve, il avait fondé la section marnaise de l’IHEDN, il fut nommé « conseiller défense auprès du préfet de région », il fut secrétaire général de maisons de champagne, administrateur de caisses de retraite. Il était titulaire de nombreuses décorations tant civiles que militaires dont celle de Commandeur du Mérite. Ce genre de personnalités se garde habituellement de se faire remarquer par un intérêt suspect pour le paranormal et le Mystère. Les institutions sont limitées par des gardes-fous que les gens diplômés se gardent bien de franchir, au risque de voir décliner leurs plans de carrière. Mais Guy, peut-être parce qu’il n’avait plus rien à perdre, clamait haut et fort sa passion pour des sujets controversés. Son papier à lettres récapitulait ses différents titres; il se servait de son CV pour donner du poids à son action de penseur-découvreur.

IHEDN

Dans un rapport à l’IHEDN et au SGDN (Secrétariat Général de la Défense Nationale) , je relève une petite phrase qui m’interpelle: « Je ne vois pas m’être trompé beaucoup; je ne vois pas non plus quelqu’un rappeler que j’avais eu raison, même trop tôt… » Cette petite remarque me semble avoir une valeur générale; elle s’applique, je crois, à la facette de chercheur de Guy-l’écrivain.

Guy, parmi les personnes qui vous ont croisé, qui ont travaillé ou échangé avec vous, vos lecteurs, les auditeurs de vos conférences, beaucoup ne vous ont pas oublié. Nous ne vous disons pas « adieu » mais « au revoir » car les mystères du temps provoqueront certainement des retrouvailles. C’est bien vous qui citiez dans un de vos livres l’épitaphe de la tombe de Cocteau: « Je reste avec vous ».

Merci d’avoir d’apporté votre contribution importante à ce monde difficile !

Lien vers mon émission sur Guy Mouny, sur la chaîne Miasme-Tv.
Lien vers une émission de Guy avec Jean-Claude Carton, sur RIM.
Lien vers la page Wikipédia consacrée à Guy Mouny.

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